Dans son livre La vue et la vitesse l’écrivain De Samoa Albert Hanover relate quelques histoires qui tournent autour de la biographie du directeur de l’école d’art dramatique berlinoise où il travaillait à la fin du 20ème siècle en donnant des classes sur le mouvement esthétique britannique et l’influence d’Oscar Wilde et d’ Audrey Beardsley sur la culture underground afterpunk centre-européenne des années quatre-vingt.

Pour une certaine raison Anne Marie, nom de sa responsable dans le livre, l’a pris immédiatement en sympathie et a défendu, face aux propriétaires de l’école, ses méthodes hétérodoxes, desquelles la plus conventionnelle consistait à donner ses classes entièrement en anglais. L’allemand d’Hanover laissait beaucoup à désirer à cette époque, ou au moins il lui convenait que cela paraisse ainsi pour son objectif secret, d’où une surprise finale qui invite vivement le lecteur à relire les plus de 300 pages depuis une perspective complètement nouvelle et insoupçonnée.
Bien que le goût musical d’Anne Marie n’allait pas au-delà de Das Lila Lied et des chansons de Kurt Weill et Marlene Dietrich (elle aimait aussi beaucoup quelques chansons de Reynaldo Hahn et Hugo Wolf), son amour partagé pour Proust et les mondes proustiens, ont probablement été la cause du fait qu’Hanover devienne rapidement un invité fréquent des diners monochromatiques qu’elle et sa fiancée Andréa offraient à leur cercle le plus intime chaque semaine. En marge des excellents vins du Rhin, le plus grand plaisir de ces soirées consistait à les écouter. Anne Marie et Andrea étaient des narratrices exceptionnelles. En une occasion elles lui contèrent l’origine de leur passion absolue et secrète pour la tauromachie qu’il ne convenait pas d’ébruiter à Berlin, où c’était très mal vu.
En vacances toutes les deux à Madrid, elles ont décidé qu’elles devaient aller voir une corrida, un spectacle que jusqu’à lors elles déploraient. Leur intégrité mentale leur exigeait d’être témoin du phénomène pour que l’on ne puisse pas les accuser de porter un jugement sur quelque chose qu’elles n’avaient pas expérimenté. Durant les quatre premiers taureaux, malgré le malaise de leurs corps, leur conscience a été très tranquille. Tout était si sauvage, cruel, atroce et indéfendable comme elles l’avaient imaginé. Mais soudain quelque chose d’ineffable et aucune d’entre elles ne se souvient de ce que c’était (peut-être un geste ou un silence), a eu lieu sur l’arène. Elles savaient seulement qu’à ce moment précis elles se sont regardé prises d’un étonnement lumineux comme voulant se demander au milieu de la musique silencieuse de la corrida : “toi aussi tu as vu, tu as senti ça ?”
Depuis lors elles n’ont pas manqué un seul mois de mai à la Foire de San Isidro, vivant pour l’éternel retour fuguasse et sporadique des cet instant saisissant.
Aucun toréador n’exprime mieux ce mystère inexprimable et ancestral de la corrida qui connecte le ciel à la terre que José Tomas, le toréador qui donne toujours rendez-vous au taureau à l’endroit où se trouve la mort, qui quinze mois après la corrida qui a été sur le point de lui oter la vie, revient aux arènes le 23 juillet dans les arènes de Valence.
Paul Oilzum
Il s’agit d’un événement capable de transformer la ville d’une façon insoupçonnée et indescriptible, comme à chaque fois que José Tomas met son habit de lumière. Et c’est un motif de plus pour louer un des appartements à Valence
Traduit par: françoise
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Traduit par: osito
SISTER RAY


Traduit par: Pablo
Laura Aurelia








